Rechercher dans ce blog

jeudi 27 juin 2019

EN PLEIN VISAGE

(c) Ishta / cliquer sur l'image pour visionner le diaporama (Vimeo)


Contribution à l’"hommage à nos victimes" et à la "dénonciation des violences policières et judiciaires contre les gilets jaunes", évènement organisé par les Gilets jaunes résistants et les Sous-marins jaunes

Texte : Antoine Peillon

Photos : Ishta / www.ishta.fr
acte XII des Gilets jaunes / Paris, samedi 2 février 2019)

Chapitre 3
En plein visage


« L’épiphanie du visage est une mutation par laquelle le visage s’exprime, résiste aux pouvoirs, perce sa forme sensible et instaure l’éthique.
Ma responsabilité en face d’un visage me regardant comme absolument étranger constitue le fait originel de la fraternité.
Le meurtre seul prétend à la négation totale du visage.

Emmanuel Levinas[1]

Signes des temps…
Temps déraisonnables. Temps de montée aux extrêmes, de mensonge et de corruption ostentatoire.
Temps de violences policières et de répression aveugle des opposants.
Temps d’Apocalypse, révélation autant qu’effondrement.
Âge de la grande régression, d’un Mai 68 à l’envers, de l’hégémonie droitière[2].
Règne de l’oligarchie, et haine de la démocratie qui en résulte[3]
En France, depuis 2007 surtout, le pouvoir politique a sans cesse consolidé la puissance opaque du renseignement et la répression des dissidences, légalisant les atteintes aux libertés fondamentales, plaçant certaines polices hors de tout contrôle judiciaire véritable, sous le prétexte de la lutte contre le terrorisme. Dans le même temps, l’État s’est totalement abstenu de réprimer sérieusement l’évasion fiscale et la corruption, s’attaquant en revanche au droit à l’information, sans lequel République et démocratie sont une pure mascarade[4].
La subversion de la République par Nicolas Sarkozy et François Hollande, au fil de leurs quinquennats calamiteux, est achevée par Emmanuel Macron, aux moyens, pour l’instant irrésistibles, de la corruption barbouzarde[5] et de l’autoritarisme « couvrant » les pires violences policières.
(…)
« Un abattage en règle »
L’éborgnement de Jérôme Rodrigues, 40 ans, plombier de profession et « figure » charismatique des Gilets jaunes en Île-de-France, fut un symbole des conséquences sanglantes de la stratégie de la tension orchestrée par l’État français, depuis le commencement du mouvement des Gilets jaunes, le 17 novembre 2018. Et son traitement médiatique par le gouvernement, fut parfaitement symptomatique du mensonge constant des « autorités » publiques sous le règne d’Emmanuel Macron. Le tout révèle l’institution achevée d’un état d’exception permanent, banalisé, où justice et vérité sont écrasées.
L’événement s’est déroulé place de la Bastille, à Paris, le samedi 26 janvier, vers 16 h 45, lors de l’Acte XI des Gilets jaunes. Il a été filmé et diffusé en direct sur Facebook par Jérôme Rodrigues lui-même et par d’autres manifestants. On voit, sur ces images surréalistes, ce manifestant pacifique tomber subitement à terre. La vidéo dure une dizaine de minutes et l’on y entend le blessé parler à ses amis et à des « street medics » (secouristes bénévoles). Dans l’heure qui suit, secouru par les pompiers de Paris, l’homme au chapeau noir publie une photo de son visage ensanglanté, dont l’œil droit n’est plus visible, disparu sous une paupière boursoufflée par un hématome déjà violet.
« Ils m’ont déglingué », écrit-il en légende de son autoportrait.
Le lendemain matin, dimanche 27 janvier, depuis l’hôpital Cochin où il est soigné, Jérôme Rodrigues affirme avoir été « visé délibérément » par les forces de l’ordre. « J’ai été attaqué deux fois. Une fois par une grenade et, ensuite, je me prends l’impact du LBD (lanceur de balle de défense). Je pense qu’ils savaient très bien sur qui ils tiraient » », précise-t-il. Dénonçant « un abattage en règle » de la part de la police, le Gilet jaune donne son propre récit de l’agression : « A l’origine, je suis arrivé sur la place de la Bastille pour essayer de faire en sorte que les Gilets jaunes s’en aillent, qu’ils puissent quitter la Bastille à la suite des attaques des Black Blocs envers la police et des charges des policiers. Moi, je suis un hyper pacifiste, je veux que personne ne se fasse mal, je suis allé chercher les ‘‘petits Jaunes’’ pour qu’ils puissent sortir de cet enfer. »
Ce même dimanche matin, l’avocat de Jérôme Rodrigues, maître Philippe de Veuille, assure avoir des preuves que son client a été blessé par un tir de balle de défense (LBD 40) : « J’ai des éléments matériels. Une jeune femme a vu les évènements, elle a vu les forces de l’ordre avancer et tirer au flashball sur Jérôme. » Il dénonce aussi le fait que les forces de l’ordre ne portaient pas de caméras-piétons, comme annoncé pourtant par le ministre de l’Intérieur, quelques jours auparavant, et qu’elles n’avaient pas fait de sommations avant de tirer.
Le 1er février, alors que le Conseil d’État rejette les demandes de suspension de l’usage des LBD dans les prochaines manifestations des Gilets jaunes présentées par la CGT et la Ligue des droits de l’homme, Jérôme Rodrigues commente : « Des gens sont mutilés, on devient des gueules cassées, alors qu’on demande un bout de pain. On vient juste revendiquer, dans la patrie des droits de l’homme, et on reçoit des ‘‘bastos’’ ! Il y aura d’autres blessés, d’autres vies brisées, c’est irresponsable. »
Éclatement du globe oculaire
La blessure de cette « figure des Gilets jaunes » a beaucoup inquiété le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, et son secrétaire d’État chargé de la sécurité, Laurent Nuñez. La préfecture de police a saisi l’Inspection générale de la police nationale (IGPN). Mais alors que l’enquête était à peine ouverte, Laurent Nuñez affirmait catégoriquement qu’il n’y avait pas eu de tirs de LBD au moment précis de la manifestation où Jérôme Rodrigues a été blessé. Tout au long du week-end des 25 et 26 janvier, des éléments de langage sont distribués à la presse par la communication du ministère de l’Intérieur, reprenant la dénégation du secrétaire d’État.
Malgré ça, Jérôme Rodrigues assure sans cesse avoir « subi deux attaques » avant de s’effondrer au sol, place de la Bastille : « Une grenade, en bas des pieds, qui m’étourdit et, trois secondes après, l’impact de la LBD 40 qui m’arrive à l’œil. Je tiens à préciser qu’une grenade, ça déchiquette. Je n’ai pas l’œil en lambeaux ; j’ai un impact de balle sur l’œil. L’IGPN m’a confirmé que, sur les vidéos qui ont été vues, il y a bien le ‘‘boom’’ de la grenade et le ‘‘poc’’, qui suit derrière, du tir de LBD. »
Il a fallu attendre le 30 janvier pour que le témoignage d’un gardien de la paix de la compagnie de sécurisation et d’intervention (CSI) des Hauts-de-Seine, placé sous les ordres du directeur de la sécurité de proximité de l’agglomération parisienne (DSPAP), reconnaisse devant les enquêteurs de l’IGPN avoir effectué un tir de balle de défense au moment où le manifestant a été grièvement blessé, niant cependant avoir visé et touché Jérôme Rodrigues… De même, plusieurs vidéos circulent alors sur les réseaux sociaux, qui montrent l’usage indéniable de l’arme.
De toute façon, les dénégations et tentatives de dissimulation de Christophe Castaner et Laurent Nuñez sont pathétiques, au regard du rapport médical établi, le 28 janvier, par le professeur Jean-Louis Bourges, responsable des urgences d’ophtalmologie à l’hôpital Cochin. Ce document, révélé par L’Humanité, indique, en effet, que « les présentes observations apparaissent compatibles avec un traumatisme principalement contusif ayant entraîné une rupture pressionnelle simultanée du globe oculaire droit et de la paupière supérieure droite ». Ce qui permet de supposer que c’est bien l’impact d’une balle de défense qui est la cause de la perte de l’œil de Jérôme Rodrigues, selon un médecin hospitalier interrogé par le quotidien.
La description de la blessure ne recense pas moins de huit lésions sévères : un « affaissement du globe oculaire droit », une « luxation postérieure cristallinienne totale », une « plaie de cornée », etc. A propos de la plaie de la paupière droite, le certificat médical permet à un médecin hospitalier d’estimer que « le traumatisme étant très violent, avec éclatement du globe oculaire et des lésions osseuses, cela a pu éclater la paupière, qui est un tissu fin ».
Cependant, le ministère de l’Intérieur a continué de nier, contre toutes évidences, la responsabilité d’un tir de LBD 40 dans l’infâme blessure de Jérôme Rodrigues. Leur version « officielle » a tourné en boucle sur les ondes : le Gilet jaune a été touché par une grenade de désencerclement. Or, celle-ci ne peut provoquer des lésions que par la projection de ses débris et le certificat médical établi à l’hôpital Cochin relève qu’« aucun corps étranger n’a été observé » dans l’œil du blessé.
Mercredi 13 décembre, Jérôme Rodrigues a annoncé sur son compte Facebook, où il est suivi par près de 70 000 personnes, qu’il avait définitivement perdu son œil droit. Il précisait : « Je viens de sortir de ma consultation chez le médecin et on m’a dit que je ne verrai plus, c’est fini. Il n’y a plus rien à faire. » Souhaitant garder tout de même son œil désormais aveugle, si possible, il commentait aussi, avec émotion : « Ce n’est pas que j’ai une obsession pour la beauté, mais c’est quand même mon physique. Ce que je vois tous les matins en me regardant dans le miroir. »
Une information judiciaire pour « violences volontaires par personne dépositaire de l’autorité publique avec arme » a été ouverte et des juges d’instruction du tribunal de Paris poursuivent donc les investigations incertaines commencées par l’IGPN.
Armes de guerre
« Ils m’ont déglingué », écrivait Jérôme Rodrigues, en légende de son autoportrait pris dans l’ambulance des pompiers qui l’amenaient à l’hôpital Cochin (Paris).
« Ils… »
Un pluriel pertinent qui vise, au-delà du gardien de la paix de la compagnie de sécurisation et d’intervention (CSI) des Hauts-de-Seine qui a peut-être ciblé à bout portant le visage du manifestant pacifique, les responsables de son éborgnement : le préfet de police de Paris, Michel Delpuech, le secrétaire d’État Laurent Nuñez et son patron, le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, le Premier ministre, Edouard Philippe, et le président Emmanuel Macron.
Car se sont bien les donneurs d’ordre autant que les exécutants - « exécuteurs » serait un terme plus approprié - qui sont responsables de ce déchaînement de violences policières qui tente de noyer le mouvement des Gilets jaunes dans le sang.
Que leurs noms restent dans l’Histoire, souillés par ce sang !
Ce sont eux qui ont immanquablement donné l’ordre aux forces de répression, principalement aux brigades anticriminalité (BAC) et brigades républicaines d’intervention (BRI) agissant en civil et masquées, de tirer avec des balles en caoutchouc semi-rigide, dites « de défense », extrêmement dangereuses, indistinctement sur les corps et sur les visages des manifestants, pour la plupart inoffensifs.
J’en veux pour preuve, cette vidéo diffusée le mardi 15 janvier sur les réseaux sociaux, qui montre des policiers affirmer que les tirs de « Flashball » à la tête sont autorisés. Ces paroles sont prononcées alors que des manifestants discutent avec des policiers des violences et des blessures occasionnées lors des récentes manifestations. On entend clairement un homme s’adresser ainsi à l’un des fonctionnaires : « Votre collègue me dit que vous avez le droit de tirer dans la tête. » Ce à quoi le policier répond : « Avec le Flashball ? Bien sûr ! » Selon les auteurs de la vidéo, la hiérarchie des policiers est intervenue très vite pour mettre fin à l’échange.
Les « balles de défense » sont les projectiles de 40 mm de diamètre tirées par les LBD 40, de fabrication suisse (Brügger & Thomet), qualifiés d’« armes de forces intermédiaires », « à létalité réduite » ou encore « sublétales », terriblement puissants et précis. Pour mémoire, « létal » signifie « mortel » et même « meurtrier », puisqu’il est issu du latin letalis, meurtrier, et du substantif letum, mort violente. Le LDB 40 a en réalité une portée potentielle de 50 mètres, puisqu’il dispose d’un canon rayé, pour guider précisément son projectile, et d’un viseur, dit « désignateur d’objectif électronique » qui accroit d’autant sa précision de tir. Il est classé dans les armes de première catégorie, c’est-à-dire parmi « armes de guerre »[6].
Le code de déontologie de la police nationale et de la gendarmerie nationale veut que l’usage du LBD soit très encadré. Et, selon une instruction du ministère de l’Intérieur, datée de septembre 2014, le tireur doit viser « de façon privilégiée le torse ainsi que les membres supérieurs ou inférieurs », mais « la tête n’est pas visée ». Chaque tir doit faire, de plus, l’objet d’un rapport détaillé. En réalité, depuis novembre 2018, les tireurs de balles de défense ont pris pour cible les visages des manifestants et ont été ouvertement exonérés de tout contrôle par leurs hiérarchies.
Les balles dites « de défense » sont pourtant tellement dangereuses que le préfet de police de Paris, Michel Delpuech, avait annoncé, en décembre 2017, dans un courrier au Défenseur des droits, « avoir pris la décision d’interdire l’usage du LBD 40 dans les opérations de maintien de l’ordre, au regard de sa dangerosité et de son caractère inadapté dans ce contexte ».
Le fabricant suisse du LBD 40, affirmant que cette arme « bien utilisée » ne cause « pas de blessures graves », a accusé le gouvernement français d’en faire une « mauvaise utilisation »[7].
Fin décembre 2018, le ministère de l’Intérieur avait déjà passé une nouvelle commande de 1 280 LBD 40…
Pis encore, le gouvernement s’est montré prêt, dès le samedi 12 janvier, à aller beaucoup plus loin dans la répression - cette fois-ci « létale » - du mouvement social des Gilets jaunes. Ce jour-là, des vidéos postées par les Gilets jaunes sur les réseaux sociaux montrent des policiers (CRS) équipés du fusil d’assaut HKG 36, progressant sur les avenues qui convergent vers la place de l’Étoile, à Paris. Il s’agit d’une arme de guerre, de fabrication allemande, équipant plusieurs unités de la police nationale depuis les attentats de 2015.
Interrogée par Libération, la préfecture de police se justifiait de façon attendue : « Dans un contexte de menace terroriste toujours très élevée, les services de police ne sauraient ignorer ce risque en portant un équipement inadapté. » Mensonge ! Car, en réalité, selon un télégramme adressé, le 10 janvier, à toutes les directions régionales des CRS, par leur directeur central, Philippe Klayman, un document révélé par Mediapart, cet armement de guerre a été déployé « compte tenu du contexte des violences constatées à l’encontre des forces de l’ordre, à l’occasion des dernières manifestations de Gilets jaunes sur le territoire national ».
La négation totale du visage
« Ils m’ont déglingué… »
« Ils », le préfet de police de Paris, Michel Delpuech, le secrétaire d’État Laurent Nuñez et son patron, le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, le Premier ministre, Edouard Philippe, et le président Emmanuel Macron ont « déglingué » Jérôme Rodrigues qui a été éborgné par une balle de défense tirée à bout portant par le LBD 40 d’un « gardien de la paix » (!) mis en condition politique de commettre, comme beaucoup de ses collègues, des actes criminels.
Le bilan de cette mise en condition politique des forces de l’ordre, police et gendarmerie, par des déclarations de « couverture » de toutes les bavures, constamment répétées par le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, et son secrétaire d’État, Laurent Nuñez, est effroyable.
Selon le dernier décompte des blessures graves recensées, au jour le jour, jusqu’au 20 mars 2019, par le journaliste indépendant David Dufresne, sur son filTwitter (@davduf), 22 personnes ont été éborgnées lors des manifestations des Gilets jaunes, depuis novembre 2018. De même, le journaliste a vérifié les « signalements » d’un décès, de 5 mains arrachées et de 222 blessures « à la tête », nombre à comparer aux 76 blessures aux membres inférieurs, 46 aux membres supérieurs, 18 au dos, 13 à la main (mains non-arrachées) et 4 aux parties génitales dont il publie les détails sur sa page Internet hébergée par Mediapart, « Allô place Beauvau ? »[8].
Blessures à la tête, visages « déglingués », éborgnements… représentent 244 des 547 signalements effectués, jusqu’alors, par David Dufresne !
La répression de la révolte sociale des Gilets jaunes, d’une violence inédite depuis Mai 68, menée par le président Macron et son gouvernement, vise les femmes et les hommes de notre pays, les enfants aussi (37 mineurs, dont des lycéens, grièvement blessés), au visage.
Au visage…
Elle s’attaque, par-là, à l’une des incarnations les plus sacrées de la dignité humaine, de l’humanité des personnes, de l’humanité tout court.
Tout le monde sait ça et respecte le tabou de l’atteinte au visage, sauf les meurtriers.
Nul ne l’a mieux écrit qu’Emmanuel Levinas, dans son plus grand livre, Totalité et Infini (1961), qui a révolutionné toute la pensée contemporaine en établissant « l’éthique comme philosophie première » : « L’épiphanie du visage est une mutation par laquelle le visage s’exprime, résiste aux pouvoirs, perce sa forme sensible et instaure l’éthique. Dans le langage comme présence du visage, le tiers me commande comme un maître : toute l’humanité me regarde et crie justice, me rappelle à mes obligations et me juge. Ma responsabilité en face d’un visage me regardant comme absolument étranger constitue le fait originel de la fraternité. Le meurtre seul prétend à la négation totale du visage. »[9]
Le meurtre seul prétend à la négation totale du visage…
Depuis novembre 2018, combien de visages ont-ils été l’objet d’une tentative de « négation totale » par les violences policières déchaînées par Emmanuel Macron et le gouvernement ? « Déchaînée », oui, parce-que le mot vient du médiéval deschaener (XIIe siècle) qui voulait dire « délivrer des chaînes ». Combien de vies déglinguées ?
Des centaines…
Florilège de quelques cas, récoltés dans la presse, sur le fil Twitter de David Dufresne et le site du collectif « désarmons-les » (desarmons.net) :
Le 17 novembre 2018, à Quimper (Finistère) : Un jeune homme est victime d’un tir de lanceur de balle de défense en plein visage.
Le 23 novembre 2018, à La Réunion : Jacky, 58 ans, quartier Bel Air, tir de LBD 40, œil perdu. Plainte classée sans suite.
Le 24 novembre, à Paris : Alors qu’il cherchait sa femme sur les Champs-Élysées, Jérôme reçoit un projectile dans l’œil gauche qui est perdu.
Le 30 novembre, à Paris : Tir de LBD 40. Élie, 27 ans. Mâchoire fracturée, opération, pose de plaque avec deux vis. Une dent en moins et quelques-unes qui se déchaussent. 15 points de suture.
Le 30 novembre, au Puy-en-Velay (Haute-Loire) : Tir de LBD 40. Eborgnement. Œil définitivement perdu.
Le 1er décembre, à Marseille, Zineb Redouane, 80 ans, est tuée en conséquence du tir d’une grenade lacrymogène reçue en plein visage, alors qu’elle fermait les volets de son appartement. Une information judiciaire sur ce crime est en cours. L’enquête est menée par un juge d’instruction, afin de déterminer les causes de la mort de l’octogénaire.
Le 1er décembre, à Paris : Tir de LBD. Christopher, 28 ans. Triple fracture. Opéré le 3 décembre : joue, menton, nez. Cerclage et plaque pour réparer la mâchoire.
Le 1er décembre, à Paris : Après avoir appelé sa mère pour la rassurer, Franck reçoit un tir de balle de défense en plein œil. « Malgré plusieurs opérations et la pose de plaques sur mon malaire et l’orbite broyée, laissant une immense cicatrice sur mon crâne, mon œil droit, n’a pu être sauvé », raconte le jeune homme de 20 ans, venu de Haute-Marne.
Le 1er décembre, à Toulouse : Gravement touché à l’oreille et au nez, près de la gare Matabiau, par un tir de LBD 40, Benoît, 28 ans, a été hospitalisé et placé en coma artificiel jusqu’au 21 décembre.
Le 7 décembre, à Paris : Tir de LBD 40. Journaliste. Décollement de la membrane cérébrale, hématome extradural et fracture non-déplacée du crâne. Un mois d’ITT.
Le 7 décembre, à Paris, Patrice, 49 ans, une grenade (assourdissante) reçue sur le côté gauche et un tir de LBD 40 quasi-simultané dans l’œil droit. Visé à moins de 10 m de distance. Cécité définitive.
Le 8 décembre, à Paris, Fiorina, 20 ans, est venue de Picardie manifester avec son petit ami. Il est 14 heures quand la manifestation commence déjà à dégénérer. Elle demande alors à Maxime, son compagnon, de partir. Mais toutes les rues sont bloquées par des barrages de police et il est devenu impossible de quitter l’avenue des Champs Elysées. Les CRS et des policiers en civils (BAC et BRI) se mettent à tirer avec des LBD 40. Fiorina s’effondre. Elle vient de recevoir un projectile en pleine tête. Malgré l’intervention rapide d’un « street medic » et son évacuation vers les urgences ophtalmologiques de l’hôpital Cochin, Fiorina perd son œil gauche, définitivement.
Le 8 décembre, à Paris : Antoine Coste est victime d’un tir de lanceur de balle de défense en pleine tête. Ce graphiste de 25 ans indique avoir perdu l’usage de son œil gauche. Il était venu « en spectateur » à la manifestation[10].
Le 8 décembre, à Paris : Sur les Champs-Élysées, le photographe Nicolas Descottes, en reportage pour Libération, reçoit un tir de LBD 40 en plein visage, malgré le port de son casque avec le sticker « Presse ».
Le 28 décembre, à Montpellier (Hérault) : Tir de LBD 40 dans la tête. Graves traumatismes psychologiques, douleurs crâniennes fulgurantes, pertes de mémoires, troubles du sommeil.
Le 5 janvier 2019, à Paris : L’artiste-photographe Vitalia a publié sur Twitter des photos de son visage blessé à la joue et le compte rendu de son examen médical. Elle dit avoir été victime d’un tir de lanceur de balle de défense (LBD) dans la figure. L’examen a révélé les lésions suivantes : foyers de fracture du sinus maxillaire droit, fracture zygomatique droite, fracture osseuse non déplacée du plancher orbitaire.
Le 11 janvier 2019, à Bordeaux : Tir de LBD 40. Benjamin, 23 ans. Six heures au bloc. Perte de l’usage de l’œil droit, plusieurs fractures.
Le 11 janvier, à Nîmes (Gard) : Tir de LBD 40. Sébastien. Fractures mâchoire, trois dents du haut arrachées, dents du bas déplacées.
Le 11 janvier, à Nîmes : Tir de LBD 40 dans la tête. Troubles de la vision et de l’audition, plaie occipitale confuse d’environ 7 cm.
Le 11 janvier, à Montpellier : Virgile, œdème palpébral de l’œil droit, plaie de 6 cm sous le globe oculaire droit, fracture du nez.
Le 12 janvier, à Saint-Etienne (Loire) : Tir de LBD 40. Jeune fille de 14 ans. Œil perdu. Éborgnement.
19 janvier, à Angers (Maine-et-Loire) : Tir de LBD 40. Entaille de 6 cm, trauma crânien. Plus d’audition côté gauche.
Le 8 février, à Toulouse (Haute-Garonne) : Manifestante touchée à la tempe par tir de LBD 40. Usage prohibé de l’arme.
Le 16 février, à Paris : Yannick, 35 ans, tir de LBD 40, lèvre supérieure fendue, dents cassées.
Le 19 février, lors du blocage de la raffinerie de Donges (Loire-Atlantique) : Deux personnes blessées au niveau de la tête par des palets de lacrymos tirés en tir tendu.
Le 23 février, à Paris : Coup de pied à la tête sur homme à terre et maîtrisé.
Le 2 mars, à Nantes, œil touché par un tir de LBD 40.
Le 16 mars, vers 16 heures, à Paris, sur les Champs-Élysées, David, 39 ans, éborgné par un tir de LBD 40 : œil perdu…
Et ainsi de suite, nous sommes témoins de cette forfaiture d’État qui prétend à la négation totale du visage des Gilets jaunes.
Fabien Jobard est directeur de recherches au CNRS, au sein du Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales (Cesdip). Il est également chercheur au Centre Marc-Bloch à Berlin. Dans un entretien publié le 20 décembre par le quotidien Le Monde, il affirmait : « Le bilan (de blessés graves parmi les manifestants) dépasse tout ce que l’on a pu connaître en métropole depuis Mai 68, lorsque le niveau de violence et l’armement des manifestants étaient autrement plus élevés, et le niveau de protection des policiers, au regard de ce qu’il est aujourd’hui, tout simplement ridicule. »
Il confirmait aussi que le chef de l’État et le gouvernement sont bien les premiers responsables de ce sinistre bilan : « En maintien de l’ordre, c’est le donneur d’ordres qui est en première ligne, c’est-à-dire le politique. Du reste, le gouvernement ne s’est pas privé de faire savoir qu’il était aux commandes, à grand renfort de présence télévisuelle en salle de commandement. Une telle immixtion du politique dans la conduite des forces policières est, il faut le noter, une particularité française. »
Le 2 février, à Paris, j’ai participé à la Marche blanche des gueules cassées (Acte XII des Gilets jaunes), depuis la place Félix-Éboué jusqu’à celle de la République, en passant par la Bastille. Sur les banderoles, pancartes, teeshirts peints, j’ai lu et photographié ces slogans[11] :
« Que fait la police ? Ça crève les yeux » ;
« Macron dégaze ! » ;
« Ce qui nous met en colère ? Le mensonge, l’injustice… et les violences » ;
« Unis et dignes face à l’oppression » ;
« Nous sommes sans armes, vous êtes sans âme » ;
« Violences aveugles ? Blessures de guerre définitives ! » ;
« Castaner coupable : démission + comparution » ;
« Arrêtez le massacre ! » ;
« Liberté Égalité Flashball » ;
« Christophe Castaner : ‘‘Allez tous vous faire énucléer !’’ »…
De grands portraits photographiques de Fiorina, l’étudiante de 20 ans éborgnée le 8 décembre à Paris, sur les Champs-Élysées, étaient brandis par de nombreuses personnes, femmes et hommes de tous âges.
L’émotion était très vive, digne et fraternelle.
Le 6 février, trente-cinq ophtalmologistes de renom (dont des professeurs à l’université) avaient fait parvenir au chef de l’État une lettre dans laquelle ils demandent un "moratoire" sur l’utilisation des fameux lanceurs de balles de défense (LBD), ayant causé de très nombreuses blessures oculaires en marge de la mobilisation des gilets jaunes.
Le dimanche 10 mars, faute de réponse présidentielle, ils ont rendu public ce courrier[12].
« Monsieur le président de la République, le nombre inédit de contusions oculaires graves par lanceurs de balles de défense conduisant à la perte de la vision a légitimement ému un grand nombre de citoyens et d’associations, et nous concerne particulièrement en tant qu’ophtalmologistes. Ces contusions entrainent des lésions souvent au-dessus de toute ressource thérapeutique. (…) Les blessures oculaires survenues ces dernières semaines ne sont pas dues au hasard ou à l’inexpérience. »
Selon ces médecins, « le grand nombre de balles tirées avec une force cinétique conservée à longue distance et l’imprécision inhérente à cette arme devaient nécessairement entrainer un grand nombre de mutilations ». Les ophtalmologistes soulignaient qu’une « telle ‘‘épidémie’’ de blessures oculaires gravissimes ne s’est jamais rencontrée » et demandaient « instamment un moratoire dans l’utilisation de ces armes invalidantes au cours des actions de maintien de l’ordre ».
« Notre démarche est uniquement celle de médecins, purement humaniste, avec pour seul but d’éviter d’autres mutilations », tenaient-ils à préciser.
« On a vu des personnes atteintes de lésions oculaires ou faciales très graves. La plupart donnent lieu à des séquelles irréversibles », expliquait aussi le professeur Bahram Bodaghi, chef du service d’ophtalmologie de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris, avant de raconter : « On a demandé par mail à tous nos collègues hospitaliers de faire remonter, en prenant 2014 comme année de départ, les cas de lésion, avec le plus de détails possibles. Sans surprise, l’essentiel des accidents concerne la période récente et, dans la majorité des cas, ce sont des lésions irréversibles. »
Mi-mars 2019, quelque 13 460 tirs de lanceurs de balles de défense (LBD) étaient enregistrés depuis le début du mouvement des Gilets jaunes, en novembre 2018, par le ministère de l’Intérieur…
L’acide du mensonge d’État
Avez-vous vu, cher Christophe Dettinger, cette scène infâme du ministre de l’Intérieur faisant la leçon à des enfants de huit ans, dans une classe d’école primaire, afin de leur expliquer le tir de balles dites « de défense » ? M. Castaner y montre comment il faut tirer avec un LBD 40, en pointant des parties du corps humain sur un tableau noir et en commentant sur un ton bonhomme : « Ils [les policiers ou les gendarmes] peuvent tirer sur les bras, ils peuvent tirer, mais je ne suis pas tout à fait sûr, sur cette partie-là [il montre l’abdomen] et sur les membres inférieurs. Ils doivent absolument éviter la tête. Et quand il y a des accidents, et il y en a eu, on a une police qui surveille la police, et donc on enregistre toutes les plaintes, et on a eu une dizaine de tirs où par accident, on a eu des tirs sur le visage… »
La séquence a été tournée pour l’émission « Au Tableau ! », produite par la journaliste Mélissa Theuriau, et diffusée le 20 février sur les ondes de la chaîne de télévision C8 (groupe Canal +). Elle a heureusement suscité un flot d’indignation.
Outre son aspect déplacé, face à un si jeune public, l’épisode est, pour le ministre de l’Intérieur, l’occasion de proférer une nouvelle fois un mensonge flagrant et massif : « On a eu une dizaine de tirs où par accident, on a eu des tirs sur le visage… » Or, à l’époque du tournage, vers le 10 février au plus tôt, le collectif « Désarmons-les » publiait les noms et les portraits de 19 personnes éborgnées par les forces de l’ordre depuis le 17 novembre 2018.
Les faits sont têtus et les chiffres significatifs. Entre 1999 et le 17 novembre 2018, soit pendant environ vingt ans, le collectif Désarmons-les a recensés 53 blessés graves, dont un grand nombre en-dehors de manifestations. Du 17 novembre 2018 jusqu’au 15 janvier 2019, le compte était déjà monté à 97 blessés graves, quasiment tous en manifestations.
En deux mois seulement, les forces de répression d’Emmanuel Macron ont fait près double de blessés graves que ne l’avaient fait les forces de l’ordre sous les présidences de Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande.
La falsification des faits est bien une marque de fabrique de la Maison Macron, Philippe & Castaner. Le journaliste David Dufresne parle même, à ce sujet, de « mensonge d’État », observant aussi « que les forces de l’ordre visent de plus en plus les journalistes, empêchent les secouristes volontaires d’agir, et cassent volontiers des téléphones portables de personnes qui filment, comme dans une volonté d’empêcher toute documentation des événements »[13].
Propagande et censure : c’est le couple anti-vérité des dictatures.
Ainsi, en déplacement à Carcassonne (Aude), le 15 janvier, le ministre de l’Intérieur affirmait, sans sourciller : « Moi, je ne connais aucun policier, aucun gendarme, qui ait attaqué des Gilets jaunes. Par contre, je connais des policiers et des gendarmes qui utilisent des moyens de défense, de défense de la République, de l’ordre public. » Le même jour, Libération recensait 94 blessés graves, dont 69 par des tirs de LBD dans la grande majorité des cas à la tête, et au moins 14 personnes éborgnées… Tous avaient-ils agressé dangereusement les « forces de l’ordre » ?
Une semaine plus tard, le 22 janvier, Christophe Castaner soutenait, devant des députés, que quatre personnes seulement avaient été gravement blessées à l’œil à la suite d’interventions policières, depuis le début du mouvement des Gilets jaunes ! Dans un style inimitable, le ministre disait alors : « Selon les dossiers qui me sont remontés, quatre personnes ont été frappées violemment à la vision – on parle de perte d’œil, je préfère ne pas reprendre ce terme-là, mais il y a actuellement quatre personnes qui ont eu des atteintes graves à la vision, certains pouvant éventuellement perdre un œil. »
Charabia abracadabrantesque…
Le 29 janvier, le ministre de l’Intérieur déclarait, sur le plateau de RMC/BFM TV, que « trois CRS avaient été attaqués à coups d’acide au visage », lors de la manifestation de l’acte XI des Gilets jaunes, le samedi 26 janvier. Le soir même, Christophe Castaner répétait, face aux députés devant lesquels il défendait le projet de loi « anticasseur » du gouvernement : « Samedi dernier, à Quimper, de l’acide a été jeté au visage de trois CRS. » Manque de chance, une source policière locale a rapidement corrigé le tir ministériel, précisant qu’il n’y avait eu, ce jour-là, qu’un seul policier touché au visage. En revanche, à cette date, un recensement effectué par Libération comptait 144 blessés graves, dont 92 par des tirs de lanceur de balle de défense, au moins 14 victimes ayant perdu un œil.
Deux jours plus tôt, Laurent Thines, professeur de neurochirurgie au centre hospitalo-universitaire (CHU) de Besançon, avait lancé une pétition[14] pour un moratoire sur l’utilisation des armes dites « moins-létales », LBD 40 et grenades de désencerclement, afin d’alerter « sur leur dangerosité extrême », puisqu’un projectile de type LBD 40 X 46, lancé à plus de 90m/sec (324 km/h) a une force d’impact de 200 joules. « C’est comme si on vous lâchait un parpaing de 20 kg sur le visage d’une hauteur de 1 mètre ! », illustrait-il. Avant d’insister : « Les lésions constatées et prises en charge par nous, personnels soignants, dues à ces armes utilisées sur des personnes parfois très jeunes ou âgées, exerçant leur droit à manifester, sont choquantes et inacceptables : énucléation, amputation d’extrémité de membre, fracas maxillo-facial et dentaire, traumatisme craniocérébral engageant le pronostic vital… Tant de vies ont été ainsi sacrifiées ! »
Expliquant sa démarche et celle de ses nombreux confrères qui lui ont emboîté le pas de la dénonciation, le médecin livrait un témoignage glaçant, au micro de France Inter : « Je ne suis pas un politique, mais avant tout un médecin et un citoyen. J’ai été très choqué, en tant que neurochirurgien, de la gravité des lésions qui étaient infligées à des personnes qui, dans beaucoup de cas, manifestaient de façon pacifique. J’ai pu aussi consulter les images des scanners anonymisés de certains patients. On retrouve à la fois des lésions externes, des plaies du cuir chevelu, des contusions ou, chez certains patients, la perte d’un œil et des lésions internes, du même type que celles que l’on trouve sur des scènes de guerre ou sur des accidents graves de la route. »
En confrontant ces paroles du neurochirurgien Laurent Thines aux multiples dénégations et mensonges du ministre de l’Intérieur, la gravité d’une politique assumant complètement sa violence répressive, pétrie de « post-vérité », me crève les yeux…


[1] Totalité et Infini, La Haye, Martinus Nijhoff, 1961.
[2] Heinrich Geiselberger (dir.), L’Âge de la régression, Paris, Gallimard, coll. Folio Essais, 2018, et Bernard Stiegler, Qu’appelle-t-on panser ? 1 – L’immense régression, Paris, Les Liens qui Libèrent, 2018. Lire aussi Jacques Généreux, La grande régression, Paris, Seuil, 2010 (http://granderegression.fr).
[3] Jacques Rancière, La Haine de la démocratie, Paris, La Fabrique, 2005.
[4] Résistance !, op. cit., pages 125 à 163, chapitre « La dictature ».
[5] Début février 2019, le parquet national financier (PNF) ouvrait une enquête pour « corruption » sur un contrat de sécurité signé avec l’oligarque russe, d’origine ouzbèke, Iskander Makhmudov et négocié par Alexandre Benalla, alors que celui-ci était encore chargé de mission à l’Élysée et habilité « secret-défense ». Iskander Makhmudov, proche du pouvoir poutinien, est sérieusement soupçonné de liens avec la mafia russe.
[6] Un article de The Conversation fait le point sur l’histoire sécuritaire et militaire de cette arme : https://theconversation.com/les-armes-non-letales-sont-elles-letales-et-vice-versa-111098
[7] « Gilets Jaunes : le fabricant du LBD 40 accuse le gouvernement et le ministère de l’Intérieur ! », dans Décider & entreprendre, 28 janvier 2019.
[8] www.mediapart.fr/studio/panoramique/allo-place-beauvau-cest-pour-un-bilan. Le 14 mars 2019, le grand prix du jury des Assises du journalisme de Tours a été décerné à David Dufresne pour saluer ce travail.
[9] Emmanuel Levinas, Totalité et Infini. Essai sur l’extériorité, La Haye, Martinus Nijhoff, 1961 ; en Livre de Poche, coll. Biblio Essais, 1990, pages 203 et suivantes. Une belle lecture : Emmanuel Housset, « L’évidence du visage et le sens social des valeurs », dans D. Cohen-Levinas et A. Schnell (éd.), Relire Totalité et infini d’Emmanuel Levinas, Paris, Vrin, 2015, pages 73 à 94.
[10] « Eborgné il y a deux mois, Antoine Coste veut ‘‘témoigner pour ceux qui n’en ont pas la force’’. Venu en spectateur à la manifestation des Gilets jaunes du 8 décembre à Paris, le jeune graphiste de 26 ans a perdu l’usage de son œil gauche », par Simon Auffret, Le Monde, 31 janvier 2019.
[11] Dossier photo : www.flickr.com/photos/ishta/albums/72157706436160844
[12] Le Journal du dimanche, 10 mars 2019, p. 16.
[13] « Violences policières : ‘‘On est dans le mensonge d’État’’ », propos recueillis par Jeanne Cavelier, Le Monde daté du 16 janvier 2019.
[14] « Les soignants français pour un Moratoire sur l’utilisation des armes dites ‘‘moins-létales’’ », sur change.org

1 commentaire:

  1. Avec sa gueule de premier de la classe, Macron couvre des brutalités inacceptables. LRM : la rétine en moins.

    RépondreSupprimer